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Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 
 
21/12/2017
Charlotte Moysan 
Forme 

« Le bon stress, une expression malheureuse ! »

La moitié des dirigeants estime leurs journées stressantes. Analyse de notre experte. 

La bonne théorie « stress subi vs stress choisi »

Une étude menée en 2012 au sein de l’Observatoire AMAROK, Observatoire de la Santé des Dirigeants de PME, montre qu’un dirigeant sur deux déclare que leurs journées sont assez, voire extrêmement stressantes. Cependant, les travailleurs indépendants ont tendance à positiver leur stress, considérant ce dernier comme un stimulus motivationnel.

Et pourtant, la vraie théorie ne parle non pas de « bon et mauvais » stress, mais de stress choisi (Challenge stressor) et stress subi (Hindrance stressor). Alors que le premier génère de la satisfaction au travail, le second détruit cette satisfaction au travail. Pour autant, dans les deux cas le stress reste pathogène. Une autre variable va jouer sur l’importance de l’impact sur la santé, à savoir la chronicité du stress. Aigu ou chronique, le stress reste également pathogène dans les deux cas bien que les conséquences ne soient pas de même importance.
Le stress aigu est une réponse adaptative à un environnement menaçant, il n’est pas sans conséquence. L’impact qu’il va avoir sur l’organisme va varier selon son intensité, par exemple un retard à un rendez-vous important dû à un imprévu sur la route va demander un effort d’adaptation mais le stress généré sera sans grande conséquence s’il ne se répète pas. Par contre, si le stress aigu est trop intense, comme dans le cas d’un braquage, il peut entraîner un « stress post-traumatique ». L’Observatoire AMAROK a, sur ce sujet, créé et mis en place dans les départements du Gard et de l’Hérault une cellule de coordination et d’accompagnement (CCA) qui prévoit entre autre une écoute attentive post-agression pour les dirigeants victimes de braquage.
De son côté, l’état de stress chronique est fortement pathogène pour l’organisme. Il se développe face à une situation qui se répète, alors qu'une tension s'installe, les ressources personnelles de l'individu s'amenuisent avec une mise en jeu du bien-être. Les conséquences pour la santé seront inévitables et pourront devenir irréversibles.

Un outil de prévention à l’attention des chefs d’entreprise

Afin de prévenir le stress des chefs d’entreprise, Le Professeur Olivier Torrès et le Docteur Thomas Lechat ont créé en 2014, le premier « Stressomètre Entrepreneurial » permettant aux dirigeants d'évaluer leur stress – après avoir identifié puis hiérarchisé les sources de stress propres aux indépendants en fonction de leur intensité et de leur fréquence. La création du stressomètre entrepreneurial aide aujourd’hui les dirigeants à repérer leur niveau de stress, et nous savons que repérer l'origine des agents stressants permet également de mettre en oeuvre des stratégies pour y faire face.

Illustration avec la surcharge de travail chez les indépendants

Défini dans le stressomètre entrepreneurial comme le stresseur le plus fréquent, la surcharge de travail présente pourtant une ambiguïté émotionnelle. L’Observatoire Amarok a mis en évidence ce caractère ambigu dans la composante émotionnelle de la surcharge de travail qui peut illustrer la théorie du stress subi/choisi. En effet, plus de la moitié des dirigeants interrogés lors de l’étude (109 sur 198 soit 55%) ont déclaré avoir ressenti de la fierté concernant la surcharge de travail qu’ils avaient vécue. Parmi les 20 émotions qui composent la « Roue des émotions » du Pr. Klaus Scherer sur laquelle l’étude s’est appuyée, les 6 premières émotions ressenties et mentionnées sont des émotions positives telles que l’intérêt, la fierté, le soulagement, le contentement et même le plaisir et la joie. La peur n’est positionnée qu’au 7ième rang et les émotions telles que la culpabilité et la honte arrivent en dernier. Pour les dirigeants interrogés, la surcharge de travail peut être vécue comme un défi, un challenge et non comme une menace surtout lorsqu’elle s'avère par exemple saisonnière et récurrente, donc prévisible et maîtrisable dans le temps. Nous pouvons parler ici d’un stress choisi. Ce qui les amène à évoquer un stress positif alors qu’il n’en demeure pas moins pathogène. D’autres travailleurs indépendants parlent de surcharge de travail exceptionnelle ou inattendue, où l’organisation n’a pu être anticipée (services aux personnes et aux entreprises). Certains vont déclarer vivre cette situation comme une contrainte ou une menace, et expriment ainsi une impression de ne pas avoir le choix et donc de subir la situation. Celle-ci aura donc une incidence sur leur satisfaction au travail et donc sur leur santé. Néanmoins, l’importance de cet impact sur la santé dépendra également de la chronicité ou non de cette surcharge de travail.

Conclusion

Pour résumer la théorie du stress subi et du stress choisi, c’est bien l’impact sur la satisfaction au travail qui va donner une impression de bon ou mauvais stress, alors qu’il sera toujours pathogène (avec un impact moins prononcé sur la santé de celui qui y trouvera une satisfaction au travail). Un stress aigu choisi aura moins d’impact négatif sur la santé qu’un stress subi surtout chronique.
 
 
Charlotte Moysan est psychologue à l'Observatoire AMAROK et consultante en gestion de carrières à ASCOVAE. Elle est également chercheur à l'Université de Montpellier (Labex Entreprendre). Elle est titulaire d'un doctorat en Sciences de Gestion. 

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