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Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 
 
18/03/2019
André Letowski 
Etudes 

Les études supérieures sont d’abord un gage pour l’entrée sur le marché du travail

Au fil du temps les gains financiers espérés ont tendance à baisser. 
La poursuite d’études supérieures garantit toujours l’accès à des salaires plus élevés. Les salaires en début de carrière ont dans leur ensemble progressé en deux décennies. Pour autant, les plus diplômés ne profitent pas de cette amélioration.

Près de 44 % des jeunes arrivent maintenant sur le marché du travail avec un diplôme du supérieur en poche (vs 27 % en 1990).
Sur la période de 18 ans, le volume de diplômés de grandes écoles a été multiplié par 1,5 quand celui des diplômés universitaires de niveau bac+5 et plus a doublé.

Parallèlement, les cursus du supérieur se sont professionnalisés au cours des 15 dernières années. La création de la licence professionnelle en 1999, la mise en place du LMD à partir de 2002, le développement de l’apprentissage dans le supérieur ont à la fois multiplié les diplômes et créé de nouvelles opportunités de poursuite d’études pour des publics qui en étaient autrefois écartés.

Mais la dégradation de la conjoncture a particulièrement affecté les jeunes sur le marché du travail.
Quant à la corrélation positive entre niveau de salaire et niveau de diplôme, elle se vérifie tout au long de la hiérarchie scolaire. Dans le supérieur, elle se double d’une hiérarchie entre diplômés de grandes écoles et universitaires de mêmes niveaux d’études, lesquels perçoivent des rémunérations significativement inférieures aux premiers.

Les salaires en euros courants ont largement progressé en 18 ans (entre 1997 et 2015) et ce, à tous les niveaux de diplômes. Pour tenir compte de l’inflation, l’analyse sera basée sur des salaires en euros constants, sur la base des prix au mois de juillet 2015 et sur l’ensemble des individus quel que soit leur temps de travail.

Sur l’ensemble des sortants, le salaire mensuel médian en euros constants progresse de 170 € pour s’établir à 1 480 € en 2015.

La hausse des niveaux de diplômes de fin d’études entre les deux générations explique 56 % de cette progression; à structure de diplômes restée constante, le salaire médian aurait quand même progressé d’environ 75 €. Au total, le salaire médian de la génération 2010 par rapport à la génération 1992 s’est accru de 12,8 % pour l’ensemble des salariés et de 8 % pour les seuls salariés à plein temps.

Mais les plus diplômés ont enregistré un net recul de leur pouvoir d’achat mensuel lié à leur activité professionnelle. Sur la base de l’ensemble des salariés, quel que soit leur temps de travail, le pouvoir d’achat des diplômés de grandes écoles régresse de 220 € et les M2 et doctorat de 200 €; en revanche, pour les niveaux de diplôme en-deçà de la licence, c’est-à-dire jusqu’au niveau III, le salaire médian a augmenté de 30 à 200 €.



Toutefois, si le gain à court-terme escompté des études supérieures ne semble plus à la hauteur de ce qu’un jeune pouvait en attendre à l’orée des années 1990, ce gain se retrouve dans l’accès à l’emploi : plus de la moitié des non-diplômés sont sans emploi en 2015, pour seulement 5 % des diplômés de grandes écoles, soit un différentiel de 45 points contre seulement 28 points, près de deux décennies auparavant.

Ces évolutions inverses de pouvoir d’achat entre le haut et le bas de la hiérarchie des diplômes aboutissent au resserrement de l’éventail des salaires entre la génération 1992 et la génération 2010.

Plusieurs phénomènes concourent à cette situation : pour les plus diplômés, la conjoncture économique atone dans laquelle s’insère la dernière génération est peu propice aux envolées salariales, tandis que les postulants sont en hausse. Il en résulte pour de nombreux diplômés du supérieur un déclassement professionnel initial (le fait d’occuper un poste dont le niveau de qualification est en deçà de celui que permet d’espérer le diplôme obtenu).

Les moins qualifiés, à l’inverse, ont pu profiter du relèvement régulier du SMIC dont les revalorisations, à l’exception des années 2010 et 2011, dépassent l’inflation depuis les années 1990.

La baisse du pouvoir d’achat des plus hauts diplômés pourrait également être liée à l’augmentation de la part relative des femmes. Comparativement aux hommes, d’une part leurs niveaux de diplômes se sont davantage accrus sur la période, d’autre part leur taux en emploi à 5 ans est devenu quasiment équivalent, alors qu’il accusait un retard de 13 points dans la première génération.

Par ailleurs, les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes à travailler à temps partiel. Elles sont aussi davantage présentes dans la fonction publique, dont on sait que les postes qualifiés ou de cadres sont en moyenne moins bien rémunérés que dans le privé. Des analyses complémentaires permettant de neutraliser ces effets de composition (genre, secteur, temps partiel, etc.) confirment cependant les constats précédents.

Le rapport entre le salaire médian des diplômés de grandes écoles, qui obtiennent les plus hauts niveaux de rémunérations, et celui des non-diplômés ou titulaires d’un brevet seul, est passé de 2,4 à 1,9 en 18 ans (pour les actifs occupés à 5 ans), signalant un tassement de la hiérarchie des salaires en fonction du niveau de diplôme.

Si l’on s’en tient aux diplômes universitaires, le facteur multiplicatif entre le salaire médian des titulaires d’un 3ème cycle (master, M2 ou doctorat) et celui des détenteurs d’un bac général est passé de 1,7 à 1,45. Ce fléchissement traduit une baisse relative du rendement des études supérieures, accentuée par une conjoncture économique plus dégradée pour la génération 2010.

Cinq ans après la fin des études, les inégalités de salaires restent donc mesurées mais les carrières des plus qualifiés n’ont pas encore montré pleinement leur potentiel.

Au resserrement de la hiérarchie salariale entre diplômes fait écho le déclin des inégalités de salaires à niveau et type de diplôme donnés. Entre les deux générations, il apparaît en effet une réduction systématique des écarts entre le salaire minimum des 10 % les mieux rémunérés, et le salaire maximum des 10 % les moins bien rémunérés. Ces constats soulignent ainsi la plus forte homogénéité des salaires qu’il y a vingt ans, à la fois entre diplômés et à diplôme donné.

On observe par ailleurs une diminution de la part de travailleurs à bas salaires (ils étaient 13,3 % des salariés occupés en 1997, vs 9,4 % dans la dernière génération).

Dans chaque génération, la majorité des bas salaires se concentre dans les plus bas niveaux de formation : les non-diplômés et les niveaux V représentent 68 % des jeunes à bas salaires en 1997, encore près de 54 % en 2015.

Toutefois, la massification de l’accès au bac et la montée en puissance des bacs professionnels entre les deux générations, font que la présence des bacheliers parmi les bas salaires s’est renforcée d’une génération à l’autre. En 2015, 11 et 22 % des bas salaires sont respectivement titulaires d’un bac général et d’un bac professionnel ou technologique, contre seulement 7 et 16 % des travailleurs à bas salaires en 1997.

Le profil de ces actifs à bas salaires a peu évolué en deux décennies : ils travaillent à temps partiel et sur des contrats d’emploi précaires. L’évolution la plus notable concerne le recul de 10 points de la part des femmes en 2015 comparativement à la situation qui prévalait en 1997, où la catégorie était féminisée à près de 77 %.

Le poids des travailleurs d’origine étrangère (par au moins l’un de leurs parents) s’accroît en revanche d’une génération à l’autre, puisqu’ils représentaient 20 % de l’effectif de la catégorie en 2015.


"Que gagne-t-on à se former ? Zoom sur 20 ans d’évolution des salaires en début de vie active", Cereq Bref N°372, lu mars 2019
 
André Letowski est expert en entrepreneuriat, en petites et très petites entreprises. Il publie une note mensuelle regroupant une sélection brute ou retravaillée et commentée des corpus statistiques français, des enquêtes et publications concernant le domaine des TPE, PE et PME.




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