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Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 
 
 
17/02/2020
André Letowski 
Business 

Quelques rares données sur la reprise : le cas de l’artisanat

Si la création d’entreprises est souvent bien connue, il n’en est pas de même de la reprise ; ce document permet d’approcher ce que sont les reprises.

Les créations d’entreprise dans l’artisanat

Données globales

En 2018, l’Insee recense 177 500 créations d’entreprises artisanales dont 152 000 en activité à titre principal.
Le bilan sur ces dix années (2009-2018) fait ressortir la forte hausse en région Ile-de-France (secteurs services essentiellement), où le nombre de créations a progressé de 37 %, alors qu’elles sont en chute dans toutes les autres régions (entre -8 % en Rhône-Alpes et -21 % dans le Grand Est), du fait de la chute du nombre d’auto-entrepreneurs entre 2009 et 2018 (engouement des créateurs à l’apparition du régime, combat des instances de l’artisanat contre ce régime, notamment dans le secteur du BTP).

32 % des entreprises artisanales créées sont localisées dans les 22 métropoles. Les créations d’entreprise progressent d’ailleurs globalement un peu plus dans ces grandes agglomérations entre 2017 et 2018 (15 %, contre 13 % en moyenne), signe d’une dynamique économique particulièrement forte.



Une approche par secteurs d’activité
  • La plupart des secteurs d’activité bénéficient de cette bonne dynamique. Les créations d’entreprises progressent fortement, comme les années précédentes, dans les activités de service (57 100, +17 %). Plus inattendue est la croissance des créations dans les activités de l’artisanat de fabrication (19500, +17 %).

    Dans l’artisanat du BTP, le nombre de créations d’entreprises repart à la hausse après 5 années de baisse consécutive : le nombre d’installations (63 200) est en progression de 11 %, très en deçà des niveaux atteints entre 2009 et 2014.

    Enfin, la hausse des immatriculations est plus modérée dans les activités de l’alimentation (4 % et 13 000 créations).
     
  • Dans l’artisanat de l’alimentation, le nombre de créations d’entreprise artisanale a progressé de 46 % en 10 ans. En 2018, la hausse des installations est portée par les activités de pâtisserie (645 immatriculations, soit une hausse de 14 %), de la glacerie (49, +23 %) et de la chocolaterie (148, +17 %).

    La fabrication artisanale de produits alimentaires bénéficie de la croissance du marché du « consommer local », et les créations d’entreprises continuent de progresser dans quelques niches : la fabrication de bière (327 créations, en progression de 7 %), la conservation de fruits (156, +26 %), la fabrication d’alcools distillés (90, +70 %) ou la fabrication de biscuits (350, +45 %). On constate en revanche un tassement des créations dans les « gros » secteurs des métiers de bouche comme la boulangerie-pâtisserie (-3 %), la boucherie (+5 %) ou la fabrication de plats à emporter (+3 %).
     
  • Dans l’artisanat des services, les créations ont progressé de 29 % entre 2009 et 2018.

    En 2018, la croissance demeure portée par la photocopie, préparation de document (+31 %), les taxis/VTC (13 820 créations, 22 %), la photographie (+22 %) et les services de nettoyage (+20 %). Le nombre de créations d’entreprise de coiffure repart à la hausse (5 430, +9 %), mais le chiffre demeure inférieur aux créations dans les soins de beauté/esthétique (6 500 créations).
     
  • Dans l’artisanat de fabrication, le nombre de créations d’entreprises est en hausse (+18 % entre 2009 et 2018), alors que ces dernières sont pour la plupart en repli pour ce qui concerne les emplois salariés. La hausse des immatriculations s’est poursuivie en 2018, excepté les secteurs de la facture instrumentale (où les créations sont stables) et la fabrication de machines (où elles baissent). La hausse a été particulièrement forte dans la Fabrication de bijouterie-joaillerie (+40 %), ou d’accessoires de vêtements (+35 %) ; quelques activités de niches sont également attractives pour les entrepreneurs : la fabrication de jeux et jouets (145 créations, +46 %), l’horlogerie (442 créations,+8 %), ou la réparation-maintenance d’aéronefs/drones (52 créations,+49 %).
     
  • Dans l’artisanat du BTP, les créations d’entreprises artisanales du BTP ont reculé entre 2009 et 2018 (-19 %). En 2018, les installations repartent enfin à la hausse, tous les corps de métiers bénéficiant de cette bonne dynamique; les principales augmentations étant enregistrées dans les travaux de terrassement (+47 %), dans l’agencement de magasins (+33 %), dans certains travaux d’installation (ascenseurs, pose de clôture, +23 %), les travaux de démolition (+22 %), d’étanchéification (+17 %).
Les formes juridiques
  • 68 % des créateurs d’entreprise ont opté pour le statut d’entreprise individuelle (contre 64 % en 2016 et 2017).

    Parmi les créations classiques, 42 % sont des entreprises individuelles classiques, 26 % des autoentrepreneurs, 13 % des SASU, 7 % des SARL, 6 % des EURL et 6 % des SAS.

    Les évolutions entre la moyenne 2016-2017 et 2018 sont par ordre décroissant : les entreprises individuelles classiques (+27,4%), les autoentrepreneurs (+15,8%), les EURL (+6,3%), les SASU (+4%), les SAS (+1%) et les SARL (-7,5%).
     
  • Les auto-entrepreneurs sont 26,4 % des créations d’entreprise artisanale en 2018. Les services sont 33,7 % de ces créations, le BTP 29 %, la fabrication 13 % et l’alimentation 4 %.

    Les progressions entre 2017 et 2018 ont été plus importantes dans le secteur des services (18 %), puis celui de la fabrication (17 %), devant le BTP (8 %) et l’alimentation (stable).
     
  • En 2018, les créateurs d’entreprise individuelle sont majoritairement (70 %) des hommes, une proportion équivalente parmi les entreprises individuelles classiques et les micro-entrepreneurs. La part des femmes tend toutefois à évoluer positivement, en raison sans doute de la montée en puissance des activités de services, passant de 28 % en 2016 à 30 % en 2018.

    Entrepreneurs individuels classiques et micro-entrepreneurs de l’artisanat ne se distinguent pas non plus par leur âge.
     
  • La part d’entreprises employeuses est de plus en plus restreinte : en 2018, 95 % des entrepreneurs se sont installés seuls, sans salarié ; cette part était de 80 % en 2007, imputable en partie au régime du micro-entrepreneur, mais aussi à la baisse du nombre de reprises ; en 2007, 18 845 entreprises artisanales se créaient avec des emplois salariés ; ce nombre était ramené à 12 131 en 2012, 9 460 en 2018 (soit 7,2 % des créations si l’on exclut les auto-entrepreneurs).

    La part d’entreprises employeuses est relativement plus élevée dans les métiers de bouche (boulangerie, boucherie, ….), les autres activités de l’artisanat commercial (contrôle technique, coiffure…) et dans les travaux du gros œuvre du bâtiment ; il s’agit également des secteurs où la part de créations par reprise est la plus importante.

Les reprises

Les 2/3 des entreprises reprises ont des salariés, avec un effectif moyen de 2,3 salariés, de 3,4 en fabrication, de 4,7 pour une entreprise du BTP, de 5,2 en cas de reprise par rachat de parts sociales.

Par ailleurs, 90 % des entreprises reprises ont un statut de société
(58 % en SARL, 32 % en SAS).
Mais le nombre de reprises d’entreprises artisanales a baissé depuis dix ans.

Dans la moitié des cas, les transmissions ont été occasionnées par le départ à la retraite du dirigeant (mais seulement 1/3 dans l’alimentation). Les autres motifs sont les suivants :
  • De nature personnelle (20 %) : santé (9 %), usure du dirigeant (9 %), voire décès (2 %),
  • l’évolution du projet professionnel du cédant (14 %) : création ou reprise d’une autre entreprise (10 %), ou reprise d’un emploi salarié (4 %),
  • de nature économique (13 %) : l’entreprise était en difficulté économique (10 %), ou a fait l’objet d’une liquidation judiciaire (3 %), mais 21 % au total dans l’alimentation.
Le temps de recherche d’une entreprise est relativement court (en moyenne 5 mois), en raison de l’importance des reprises familiales et salariales d’une part, mais aussi des reprises issues d’opportunités (1/4 des reprises) ; si l’on cumule ces cas, c’est plus de 40 % des repreneurs qui de fait n’ont pas eu à rechercher leur affaire.
Le temps de recherche était inférieur à 3 mois pour 48 à 57 % et plus de 6 mois (17 à 25 % mais 35 % pour la fabrication).

47 % étaient domiciliés à moins de 10 km de l’entreprise reprise; la distance moyenne est de 36 km, elle est à peine plus élevée pour les repreneurs externes à l’entreprise (43km).

Pour 39 % l’entreprise était en bonne santé financière ou pour 29 % équilibrée, et pour 28 % en difficulté.

Les repreneurs

  • 53 % des repreneurs d’entreprise artisanale étaient étrangers à l’entreprise qu’ils ont rachetée. L’autre moitié des repreneurs avaient donc un lien préalable avec l’entreprise : 1/4 étaient salariés, 12 % membres de la famille du cédant, 2 % associés du cédant, 9 % faisaient partie de son réseau professionnel.

    Dans l’alimentation, les reprises salariales concernent 14 % et celles familiales 7 %, alors que dans la fabrications elles sont 40 et 20 %, dans les services 37 et 10 % et dans le BTP 31 et 33 % ; les reprises familiales sont donc plus souvent celles du secteur BTP (33 %).
     
  • Deux critères de choix prédominent : pour 21 %, le secteur d’activité (plus important dans les services 25 % et le BTP 3 2%) et pour 20 %, l’emplacement (25 % dans l’alimentation) ; la notoriété de l’entreprise est un facteur plus important pour les repreneurs du BTP (18 % contre 9 % en moyenne): le prix est décisif pour 1 repreneur sur 10, alors que la santé de l’entreprise est rarement déterminante (1 repreneur pour 20).
     
  • Le parcours de négociation paraît relativement linéaire pour les repreneurs externes : 66 % n’ont réalisé qu’une seule négociation et conclut l’achat avec la 1ére entreprise sollicitée.

    Les repreneurs ont trouvé leur affaire avant tout grâce à leur réseau personnel (37 %, une proportion qui atteint 46% dans l’artisanat de fabrication), puis à l’appui de leur prospection personnelle (24 %). Internet est le troisième vecteur utilisé, à égalité avec les marchands de biens (surtout dans l’alimentation). En revanche, les réseaux d’appuis sont globalement peu mobilisés.
     
  • Le coût moyen d’acquisition est de 151 000 € ; 297 000 € pour la fabrication, 173 000 € pour l’alimentation, 137 000 € pour le BTP et 98 000 € pour les services.

    9 % n’ont pas de coût du fait qu’il s’agit d’une donation ou d’une succession ; 2%  moins de 10 000 € ; 17 % de 10 à 50 000 € ; 25 % de 50 à 100 000 € ; 14 % de 100 à 150 000 € ; 10 % de 150 à 200 000 € ; 7 % de 200 à 249 000 € et 16 % 250 000 € et plus.

    Le cout est corrélé à la taille des entreprises.


Les repreneurs étaient auparavant pour 73 % salariés (46 % dans une autre entreprise, dont 10 % cadre et 27 % dans la même entreprise), 16 % chef d’entreprise (dont 2 % associé de l’ancien dirigeant) et 9 % chômeurs (dont 2 % cadre). Ils sont majoritairement ouvriers ou techniciens. Les cadres sont plus présents dans les entreprises de 3 salariés et plus (20 % chez les 3-5 salariés et 15 % chez les 6 salariés et plus) ; ils le sont aussi plus souvent dans le BTP (19 %) et la fabrication (15 %).

L’âge moyen des repreneurs est de 41 ans (40 % 40 ans et plus dont 22 plus de 50 ans ; 36 % 30-39 ans et 13 % 18-29 ans).

Après un ou deux ans d’activité, le bilan économique de la reprise est positif pour une majorité de repreneurs :
  • 60 % ont un chiffre d ‘affaires en hausse (65 % dans les entreprises de l’alimentation) ; entre 57 % pour les repreneurs extérieurs et 54 % pour les ex salariés de l’entreprise.
  • Dans 22 % des cas, l’activité est stable (17 % pour les repreneurs extérieurs) ; l’activité est en baisse dans 13 % des entreprises reprises (de 9 % pour le repreneurs familiaux à 13-15 % pour les autres).
  • 22 % des repreneurs n’ont rencontré aucun problème.
 Les principaux écueils rencontrés ont été les suivants :
  • 46 % des repreneurs ont dû faire face à des investissements non prévus à l’origine.
  • 17 % n’ont pas bien évalué leur besoin en trésorerie.
  • Perte de clientèle : si les repreneurs ont conservé en moyenne 70 % de la clientèle, la perte est parfois très importante (17 % ont conservé moins de 50 % de la clientèle, mais 24 % dans l’alimentation).
  • 39 % ont rencontré des difficultés dans la gestion administrative de l’entreprise, 21 % dans la gestion du personnel, 20 % dans le développement de l’activité.
Les principaux objectifs sont de développer la rentabilité (36 %), développer la clientèle (33 %), moderniser les équipements (17 %) et augmenter les revenus (11 %). La moitié des repreneurs a en effet des revenus inférieurs à ce qu’ils avaient dans leur dernière activité professionnelle.

Source : "TABLEAU ÉCONOMIQUE DE L’ARTISANAT Les chiffres de la création d’entreprise Zoom sur les repreneurs, édition 2019", ISM, U2P, lu janvier 2020.
 
André Letowski est expert en entrepreneuriat, en petites et très petites entreprises. Il publie une note mensuelle regroupant une sélection brute ou retravaillée et commentée des corpus statistiques français, des enquêtes et publications concernant le domaine des TPE, PE et PME.




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