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Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 
 
 
04/11/2020
Gérard  Ostermann 
Forme 
Santé 
Fondation 

Privé / professionnel : une intersection raisonnable

Consultez le 3ème chapitre de l'entretien de Gérard Ostermann, médecin et psychothérapeute, présent dans le guide de la Fondation MMA "L'entrepreneur en forme".
intersection prive pro
Soit A, la sphère professionnelle, et B, la sphère privée, l’intersection A-B définit l’interpénétration de l’un des milieux dans l’autre et inversement. En mathématiques, cette zone de chevauchement a des limites fixes. Dans la vie des dirigeants, les contours sont bien moins nets, les frontières plus floues.

Une perméabilité inévitable

Toujours selon le Baromètre 2019 de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur, des difficultés à concilier vie privée et professionnelle mènent à un fort sentiment d’isolement. Logique implacable, les difficultés à concilier vie privée et vie professionnelle perdurent d’une année sur l’autre. 39 % des dirigeants interrogés déclarent ainsi ne pas parvenir à maintenir cet équilibre. Un taux qui s’élève à 46 % chez les agriculteurs, et 56 % chez les professionnels de santé.

Une situation qui conduit in fine un entrepreneur sur trois à se sentir isolé dans son quotidien. Un sentiment partagé par 40 % des sondés parmi les professionnels de santé. Inversement, les agriculteurs, qui travaillent plus souvent en famille, sont 25 % à faire état de ce sentiment d’isolement.
En 2017, 91 % des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête IPSOS étaient attachées au respect de l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle.

L’interconnexion professionnelle – personnelle est une réalité.
Ce ne sont pas deux compartiments étanches et les relations existent dans les deux sens : quand je suis au travail, je pense à mon organisation domestique et quand je suis chez moi, je pense à des problématiques professionnelles. Le chevauchement permet en général d’optimiser mais il peut aussi être source de stress. De façon surprenante, les études montrent qu’hommes et femmes sont équitablement concernés par cette étroite imbrication, à l’origine d’une surcharge moralement et physiquement pesante.

Au quotidien, 4/10 salariés constatent que l’entreprise empiète sur leur vie privée. Et à l’inverse, 73 % des salariés-parents gèrent des aspects de leur vie familiale sur leur lieu de travail (prise de rendez-vous médicaux, paiement de factures, recherche d’information).

Le continuum professionnel-familial s’est accéléré avec le développement des outils de communication type Skype et Webex, et avec le télétravail.

vie de famille dirigeant
Il est maintenant possible de mener de chez soi une réunion classique en visioconférence comme si vous étiez au bureau.

Grâce aux études sociologiques, de grands progrès ont été réalisés dans la compréhension de l’intersection du travail et de la vie familiale. Mais, l’impact qu’a le fonctionnement familial sur les comportements des dirigeants n’a pas été autant investigué. Pourtant, l’ensemble forme un tout.

Bien qu’au sein de leurs organisations, les dirigeants soient des personnes puissantes caractérisées par des responsabilités d’envergure, les exigences qui leur sont imposées vont bien au-delà des murs de l’organisation. Les dirigeants ont une vie personnelle avec des enfants, des conjoints, des aînés dont il faut s’occuper. Autant de charges à l’origine d’un stress ou de tension supplémentaire qui peut affecter leur capacité à bien diriger leurs équipes ou sociétés. Ainsi, une compréhension holistique du dirigeant (dans la globalité de sa dimension pro et perso) est incontournable. Les personnalités de dirigeants « non équilibrés » se retrouvent plus fréquemment dans un management, une supervision abusive (beaucoup trop actif ) ou à l’autre extrême une forme passive de leadership. Les conséquences négatives pour l’organisation de l’un ou l’autre sont quasi équivalentes.


Favoriser les interactions sociales

Un entrepreneur ou un manager est rarement seul en journée puisque ces interactions sont multiples. Et pourtant, nombre d’entre-eux sont en proie à un sentiment d’isolement une fois qu’ils occupent un poste de direction, un rôle assez paradoxal ou d’un côté, vous vous devez de garder une certaine distance et de l’autre, vous avez besoin d’échanger, de confronter des idées, de tester des décisions. Plus vous occupez une position élevée dans la hiérarchie et moins les pairs avec qui vous pouvez échanger sur votre lieu de travail sont nombreux. Cet isolement « pyramidal » tend à disparaitre dans les organisations dites « agiles » où toute notion de hiérarchie est supprimée.

En langue anglaise, il existe deux mots distincts pour décrire la solitude alors qu’en français, nous n’avons pas ces subtilités. Je peux me sentir seul, isolé (solitude angoissante) mais je peux aussi choisir d’être seul (solitude spirituellement féconde). Dans les deux cas de figure, c’est la solitude : subie ou choisie.

Dans les années 80, l’expression « no life » est apparue pour caractériser l’absence totale de vie sociale des joueurs invétérés de jeux en ligne. Le XXIe siècle a donné naissance aux entrepreneurs / managers « no life ». En dehors de leur activité professionnelle, il n’existe quasi rien dans leur vie. Echappatoire ou nécessité ? En France, nous avons la culture du sur-engagement. Ailleurs en Europe, notamment l’Allemagne, le sur-engagement est vu comme un dysfonctionnement ou manque d’efficacité.

Entrainé dans le rythme que lui imposent sa vie et ses responsabilités professionnelles, l’entrepreneur peut vite tomber dans la spirale infernale de l’isolement. Avez-vous déjà noté que dans « isolement », il y a « étoiles » ? Se prémunir de la solitude en identifiant ses points lumineux, voilà un bel objectif !

« Loneliness ex- presses the pain of being alone and solitude expresses the glory of being alone. »
PAUL TILLICH

Voici trois grands principes pour travailler sa solitude 

1 - Ne pas se mentir
Où en suis-je entre solitude subie et solitude choisie ? Est-ce que j’en souffre ? Ne pas nier ses émotions, accepter la réalité est la 1re étape. Faire tomber la façade de circons- tances. Le simple fait de reconnaître ses sentiments de solitude ou d’isolement peut être un soulagement en soi. Prise de conscience et acceptation sont les premiers pas indispensables pour aller vers le mieux.

2 - Identifier les béquilles 
Un système de soutien fiable est essentiel à la réussite d’un leader. Une personne de confiance, de préférence en dehors du milieu professionnel, avec qui vous pourrez être vous-même et livrer vos inquiétudes et angoisses. J’en vois déjà certains dire « je n’ai pas besoin de psy ». Là n’est pas la question. Si ça te fait peur, appelle ça un coach ;-)

3 - Privilégiez les contacts humains 
Facebook, Twitter, Instagram ou LinkedIn sont des réseaux sociaux mais ne sont pas le siège de relations sociales qui permettent de casser l’isolement. Alors qu’assister à un évènement professionnel (salons, conférences, clubs...) peut être l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes qui travaillent dans le même domaine d’activité que le vôtre. Le monde associatif regorge aussi d’activités propices aux rencontres. S’impliquer dans une association ou un autre loisir actif est d’ailleurs beaucoup plus efficace pour combattre le stress que les loisirs passifs du type regarder la télé ou ne rien faire.

Attention au grand écart : trop d’interactions sociales peuvent en effet conduire à des dettes de sommeil et excès en tout genre. Il devient parfois nécessaire de faire le tri dans ses activités et relations, à savoir écarter les personnes qui deviennent toxiques, privilégier les personnes qui vous ouvrent les chakras, vous ressourcent, vous nourrissent intellectuellement et émotionnellement parlant. Ne conserver que l’essentiel.

Retrouvez tous les autres conseils d'experts dans notre guide "L'entrepreneur en forme".

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guide-expert
 
Gérard Ostermann est professeur de thérapeutique, médecin interniste et psychothérapeute-analyste. Il est diplômé de thérapie cognitivo-comportementale, praticien EMDR et membre de l'A.P.N.E.T (Association pédagogique nationale pour l'enseignement de la thérapeutique). Il est également chargé d'enseignement à Bordeaux 2. Il est le fondateur et président du Collège Régional de la société Française d'Alcoologie et Président de l'institut des conduites alimentaires de Bordeaux. 
 

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