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Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 
 
 
04/02/2021
André Letowski 
Finance 

L’accès au crédit pour les TPE et PME, quels résultats ?

Il semble que l’accès au crédit se soit nettement amélioré au cours des dernières années, qui plus est en 2020 avec les mesures gouvernementales.

⇒ Les demandes de crédit d’investissement sont très largement satisfaites

En moyenne, 18% des TPE‑PME adressent, chaque trimestre, une demande de financement à leurs banques (une proportion stable de 2012 à 2019 avant de diminuer en 2020 avec 11% en moyenne sur les trois premiers trimestres), les entreprises différant leurs décisions d’investissement sous l’effet de la crise. 91% des demandes sont accordés avec au moins 75% du montant demandé.

Certains facteurs modifient l’importance de la demande : la taille de l’entreprise (15% des PME et 6% des TPE au 3éme trimestre 2020); il en est de même pour le secteur d’activité : 24% pour les TPE/PME de l’industrie, 16% dans le BTP et 15% pour les services. Enfin, les entreprises les mieux cotées par la Banque de France sollicitent le plus de crédits d’investissement, avec un écart de 6 points en moyenne par rapport aux entreprises les moins bien cotées.

Du 4éme trimestre 2014 au 4éme trimestre 2019, 95% des demandes de crédit des PME sont satisfaites, contre 83% pour les TPE ; de même, les entreprises les mieux cotées bénéficient d’un taux d’obtention proche de 100%, les entreprises les moins bien cotées d’un taux avoisinant 90%.

⇒ Les crédits de trésorerie

En moyenne chaque trimestre, 7% des TPE‑PME déclarent déposer une demande de crédit de trésorerie (hors lignes de crédit déjà accordées) auprès de leur banque. Cette proportion, très stable avant la crise, a augmenté en 2020 (au 2éme trimestre 2020, 36% déclaraient avoir demandé un crédit de trésorerie intégrant le PGE)

Ces crédits sont accordés dans 76% des cas, mais 83% au 2éme trimestre 2020 et 89% au 3éme trimestre du fait de la Covid.

Le besoin en crédits de trésorerie varie peu selon la taille ou le secteur des TPE‑PME ; en revanche, la demande des entreprises les moins bien cotées est plus élevée de 6 points en moyenne par rapport à celle des mieux cotées.

Du 3éme trimestre 2013 jusqu’à fin 2017, 69% des entreprises du BTP trouvaient satisfaction contre 75% pour les services et 79% pour l’industrie. On observe ensuite un rattrapage depuis l’année 2018, les entreprises du BTP trouvant satisfaction pour 81% contre 79% pour les services et 86% pour l’industrie.

⇒ Les taux des crédits,

Selon la Stat info de la Banque de France du 21 janvier au 4ème trimestre 2020, sont en légère hausse pour les crédits de trésorerie (1,36% après 1,15) ; la moitié de ces nouveaux crédits ont un taux supérieur à 1,50%.

Le taux moyen des découverts augmente également (2,48% après 2,21 au 3éme trimestre 2020)

Par contre, le taux moyen des crédits à l’équipement baisse à 1,20% après 1,35 au 3ème trimestre 2020, ainsi que celui des crédits immobiliers (1,31% après 1,21).

⇒ Entre 2012 et 2019, les variables financières sont les principaux déterminants de l’accès au crédit

Une capacité d’autofinancement élevée diminue le risque d’une contrainte de crédit. Pour expliquer les contraintes de crédit, trois variables financières semblent décisives : le ratio de solvabilité, le ratio d’autofinancement (ou capacité d’autofinancement ou CAF) et le ratio de liquidité.

Modélisation de la contrainte de crédit :

Les contraintes en crédit de trésorerie et en crédit d’investissement sont mesurées par une variable binaire qui prend la valeur 1 si l’entreprise est contrainte et 0 sinon ; une entreprise est considérée comme contrainte si au moins une des trois conditions suivantes est remplie :

-La demande de crédit de trésorerie (respectivement d’investissement) de l’entreprise a été refusée au moins une fois dans l’année,

-L’entreprise a reçu moins de 75% du montant du crédit demandé au moins une fois dans l’année,

-L’entreprise a refusé l’offre de crédit car le taux était trop élevé au moins une fois dans l’année.

6 variables explicatives pour qualifier la contrainte :

  • le ratio d’autofinancement, calculé à partir de la capacité d’autofinancement ramené au total de l’actif (retardé d’une année),
  • le ratio de liquidité, qui rapporte le montant de cash au total de l’actif (retardée d’une année),
  • le ratio de solvabilité, qui rapporte les fonds propres au total de l’actif (retardée d’une année),
  • la cotation Banque de France,
  • le total de l’actif (retardé d’une année),
  • l’âge,
  • le secteur d’activité (industrie, construction, services).
S’agissant de la demande de crédit, les mêmes variables explicatives sont utilisées, ainsi que deux variables d’« exclusion restriction » : le montant des investissements rapporté à la valeur ajoutée pour le crédit d’investissement, et la part des financements non bancaires sur le total du bilan pour le crédit de trésorerie.

Plus une TPE‑PME dégage une Capacité d’autofinancement (CAF) élevée, est solvable ou liquide, et plus sa probabilité d’être contrainte en crédit d’investissement ou de trésorerie diminue.
Le secteur, l’ancienneté et la taille ont des effets limités.
L’ancienneté joue essentiellement sur l’obtention de crédits de trésorerie et influe nettement moins que les variables financières.

L’environnement économique est également une dimension importante à prendre en compte.

Pour en savoir davantage : Banque de France

et Taux des crédits aux entreprises – 2020T4 | Banque de France (banque-france.fr)

Source : La santé financière des TPE-PME, un déterminant essentiel de leur accès au crédit", Banque de France, bulletin N°233/1, janvier-février 2021


Méthodologie : Depuis le deuxième trimestre 2012, la Banque de France mène une enquête trimestrielle auprès de 8 500 chefs d’entreprise TPE et PME autonomes, interrogés sur leurs demandes de financement, les réponses obtenues et les conditions d’accès au crédit proposées par les banques. Les données sur les TPE sont enrichies grâce à une convention signée avec la Fédération des centres de gestion agréés (FCGA) qui interroge également ses adhérents sur leur accès au crédit.

Depuis le deuxième trimestre 2015, l’enquête intègre deux fois par an des questions permettant de mesurer l’autocensure (chef d’entreprise qui s’abstient de toute demande de crédit car il ou elle anticipe des critères de prêt trop sévères); l’estimation est entre 1% et 2% des entreprises qui ne demandent pas de crédit, une proportion stable dans le temps.

Pour la cotation des entreprises, les comptes sociaux sont collectés via les succursales de la Banque de France en direction des entreprises dont le chiffre d’affaires excède 0,75M€ ou dont l’endettement bancaire dépasse 0,38M€. Ces entreprises représentent un tiers des sociétés imposées au BIC ou au bénéfice réel normal. Le nombre d’entreprises de cette base a fortement progressé ces dernières années (315000 entreprises fin 2018, dont 90 200 bilans, qui ont donné lieu à 6 105 entreprise interrogées.
 
André Letowski est expert en entrepreneuriat, en petites et très petites entreprises. Il publie une note mensuelle regroupant une sélection brute ou retravaillée et commentée des corpus statistiques français, des enquêtes et publications concernant le domaine des TPE, PE et PME.




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