Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 
 
 
23/06/2021
André Letowski 
Etudes 

Qui sont les livreurs de repas à domicile ?

Une enquête fort complète et rare sur cette population en forte croissance au sein des créations nouvelles.

⇒ Qui sont les livreurs ?

♦ Le profil des personnes

- 92,5% sont des hommes (les femmes n’étaient que 2% en 2020 contre 7,4 en 2021),
- En termes d’âges : 46% ont moins de 30 ans (dont 27% entre 25 et 30 ans), 37% entre 30 et 40 ans (dont 20% entre 30 et 35 ans), 13% 40 ans et plus ; en fait les 2/3 ont moins de 35 ans ; dans l’enquête 2020, les livreurs étaient plus jeunes (35% moins de 25 ans vs 19 en 2021 et 12% plus de 35 ans vs 30 en 2021).
- 41% vivent en couple (dont 29% avec enfant). Par ailleurs les autres sont célibataires : 23% sont en colocation, 21,5% vivent seuls et 10,5% chez leurs parents et 2% seuls avec enfant. A titre de comparaison, 39% des livreurs interrogés lors de l’enquête 2020 vivaient en colocation.
- 9,7% des livreurs interrogés ont la nationalité française (contre 14% en 2020) et 90% étrangers. L’Afrique est le continent le plus représenté avec 85% dont 54% d’un pays d’Afrique subsaharienne et 31% d’un pays du Maghreb (dont 21% la nationalité algérienne).
- 26,1% des livreurs interrogés sont diplômés du supérieur, 17,6% sont titulaire du baccalauréat (général ou technologique) et 56% aucun diplôme ou au plus le CAP (dont 37,5% aucun diplôme). Ces résultats sont assez proches de ceux de l’enquête menée en 2020.

⇒ Selon quelles modalités exercent-ils leur activité ?

♦ Sous quel statut ?

- 41,4% sont autoentrepreneurs : leur âge moyen est de 33 ans (un peu plus âges que le moyenne des répondants); ils habitent Paris (66% vs 59 pour l’ensemble des répondants) et sont moins diplômés ( 54% sans diplôme vs 37 pour les autres).
- 17,8% sont des livreurs salariés n’exerçant aucune autre activité ; 65,2% sont à temps partiels ; ils sont plus diplômés du bac (38% vs 18), moins souvent sans diplôme (18,5% v s 37,5%). Ils résident plus souvent en Seine-St-Denis (33% vs 23) et moins souvent à Paris (43,5% vs 58,6).
- 12% sont sous un autre statut dont les 3/4 coopérateurs ; les femmes et les étrangers y sont surreprésentées (13% vs 7) ; 68% n’ont aucun diplôme vs 37,5).
- Enfin 11,5% exercent en parallèle une autre activité professionnelle (26% en 2020), qu’il s’agisse de leur activité principale ou secondaire (60%) ; la moitié exerce comme autoentrepreneur. On y trouve davantage de Français.
- 18,2% sont étudiants, une proportion deux fois supérieure à celle enregistrée un an auparavant ; 41,5% y sont salariés, essentiellement à temps partiel (37 sur les 94 étudiants interrogés, et 37% autoentrepreneurs. Ils sont plus jeunes (24 ans).

♦ Avec quelle ancienneté dans l’activité ?

- 66,5% des livreurs enquêtés exercent cette activité depuis moins d’un an (et même 21% depuis moins de trois mois), 23% depuis un à deux ans et 10,5% depuis plus longtemps (1,4% depuis plus de 5 ans). Ils étaient 79% en 2020.
- Les étudiants sont les plus récents dans l’exercice de cette activité (83% moins d’un an dont 50% moins de six mois. À l’inverse, les livreurs salariés et les livreurs en cumul d’activités professionnelles ont une ancienneté plus élevée (31,5% ont débuté la livraison il y a moins de six mois et 59% il y a moins d’un an.
- Les étrangers sont plus récents dans l’activité de livraison que ceux ayant la nationalité française (65,2% des livreurs étrangers non étudiants exercent depuis moins d’un an contre 39,4% pour ceux ayant la nationalité française).

♦ S’agit-il de leur première activité professionnelle ?

La livraison pour des plateformes est la première activité professionnelle exercée en France pour 27,1% des livreurs.
Mais pour les autoentrepreneurs, c’est le cas pour 40,7% d’entre eux, vs 23,4% pour les étudiants, 10,9% pour les livreurs salariés et 14,5% pour ceux en cumul d’activités professionnelles.
L’activité de livraison est plus fréquemment la première activité professionnelle exercée en France par les livreurs non étudiants ayant la nationalité étrangère (30%), vs ceux ayant la nationalité française (5,3%).
2 plateformes sont très sollicitées : Deliveroo, avec 40,2% et Uber Eats, avec 37,5% vs Just Eat 16,4%, Stuart (9,9%), Frichti (6,8%) et 3,7% pour Glovo. 11% travaillent pour plusieurs plateformes.

♦ Quelles sont leurs outils de travail, les temps de trajet, les rémunérations ?

- Le véhicule le plus utilisé est le vélo (46%), suivi du deux-roues motorisé (36%), et la trottinette (10%) ; la proportion de livreurs à vélo a diminué par rapport à l’année précédente (62% en 2020). 61% utilisent leur vélo personnel, 39% un vélo électrique et 6,6% la voiture (davantage pour les livreurs salariés et ceux en cumul d’activités).
Ceux en vélo, se rendent chez leur fournisseur de repas bien plus fréquemment en transports en commun (51%), essentiellement en emmenant leur vélo avec eux (49%).
Noter qu’il faut une licence de transport pour exercer l’activité de transporteur de marchandises pour ceux utilisant un deux-roues motorisé, ou une voiture.
- Seuls 5% déclarent qu’il leur arrive de prêter ou de louer leur compte sur une plateforme à un autre livreur (5% ne se prononcent pas). 8% déclarent qu’il leur arrive d’utiliser le compte d’un autre livreur. Les livreurs en cumul d’activités professionnelles et les étudiants sont un peu plus concernés (20 et 15%). La principale raison évoquée est le fait de ne pas avoir les papiers nécessaires pour s’inscrire soi-même.
- Près de 35% des livreurs ont un secteur de chargement habituellement étendu à tout Paris intra-muros, 27% dans tout l’est parisien (30% en 2020) et 18% uniquement dans le quartier où ils ont été interrogés. Les autoentrepreneurs ont le rayon d’activité le plus étendu, alors que les étudiants ont un rayon d’action plus resserré.
- Les livreurs mettent en moyenne 22 minutes pour se rendre sur leur zone de chargement depuis leur domicile. 17% des livreurs mettent moins de 10 minutes pour y accéder, 30,6%
entre 10 et 20 minutes et 20,3% entre 20 et 30 minutes.
- 84% parcourt pour livrer une distance de moins de 5 km et même 39% moins de 3 km. Les courses en deux-roues motorisé sont les plus longues (46% faisant 4 km ou plus, avec une distance moyenne de 4,4 km) et une médiane de 4 km). Les courses réalisées en vélo concernent des distances plus courtes (une moyenne de 3,7 km) et une médiane de 3,5 km, et celles en trottinette, encore plus courtes (2,4 km).
En moyenne, les livreurs parcourent 41,6 km chaque jour où ils livrent (médiane à 35 km) ; 34% effectuent entre 20 et 40 km par jour de livraison, 24% entre 40 et 60 km et 25% plus de 60
km.
- Plus des deux tiers des livreurs travaillent entre cinq et six jours par semaine (28,2% 5j/7 et 40% 6 j/7), et un livreur sur six (16,6%) travaille jusqu’à 7j/7 ; ceux qui travaillent trois ou quatre jours par semaine sont minoritaires (15%).
Les autoentrepreneurs sont 47% à travailler six jours sur sept (vs 40% pour l’ensemble des livreurs) et 19% sept jours sur sept (contre 16,6%) ; les livreurs en cumul d’activités professionnelles ne sont que 22% à livrer 6 j/7 et 22% 7j/7 ; les étudiants ne sont que 19% à livrer 6j/7 et 19% 7j/7 ; ces deux catégories livrent en moyenne 5,1 j/semaine.
- 72% estiment que le risque d’accident est élevé ; 25% ont déjà connu un accident (34% les salariés, 31% les autoentrepreneurs, 11% les étudiants et 17 et 18% les autres).
- En moyenne, les livreurs travaillent 6h45 par jour, le temps passé pouvant aller de 3 heures à un maximum indiqué de 15 heures par jour. Les autoentrepreneurs sont 44% à travailler plus de 8 h/j., pour une moyenne de 7 heures et demie par jour, alors que 35% des étudiants travaillent moins de 5 h/j. Les trois quarts des livreurs salariés travaillent entre 5 et 8 h/j., pour un temps de travail quotidien moyen de 6h30.
- Les jours où ils livrent, les enquêtés effectuent en moyenne 18 livraisons par jour ; 48% réalisent entre 10 et 20 livraisons à la journée, 36% en effectuent plus de 20 et 16 moins de 10.
Les livreurs salariés effectuent le plus de livraisons à la journée : 64% plus de 20 livraisons par jour, avec une moyenne de 28,4 livraisons par jour travaillé ; ceux à vélo, effectuent moins de livraisons à la journée, alors que ceux à deux-roues motorisé en effectuent davantage.
En moyenne, un livreur effectuerait 429 courses par mois (médiane de 386 courses), dont 393 pour les autoentrepreneurs, 688 pour les livreurs salariés et 335 pour les étudiants.
- 80% gagnent moins de 1 500€ par mois : 40% moins de 1 000€ par mois et 39% entre 1 000 et 1500€ par mois ; seuls 3,5% gagnent plus de 2 000€ par mois. À titre de comparaison, sur la base d’une durée de travail hebdomadaire de 35 heures, le niveau du salaire minimum (SMIC) s’établit en 2021 à 1 554,58€ mensuels bruts. Ces résultats suggèrent que les livreurs travaillant pour des plateformes gagnent moins que le SMIC horaire.
Les livreurs salariés sont moins nombreux à déclarer de bas revenus (27% déclarent moins de 1 000€ 65,2% moins de 1 500€ par mois) ; les livreurs autoentrepreneurs sont 29% à déclarer gagner moins de 1 000€ par mois et 48% entre 1 000 et 1 500€. 49% des livreurs en cumul d’activités professionnelles gagnent moins de 1 000€ par mois et 36% entre 1 000 et 1 500€ par mois ; les étudiants, sont 65% à gagner moins de 1 000€ et 23% entre 1 000 et 1 500€.

♦ Qui leur a conseillé d’exercer cette activité ?

La majorité des enquêtés sont devenus livreurs en suivant les conseils d’un ami ou d’un collègue (56,5%),19,3% ont répondu à une annonce, 16,8% se sont inscrits spontanément et seulement 2,5% se sont inscrits sur les conseils de Pôle Emploi.
Les étudiants sont plus nombreux à avoir répondu à une annonce (36,2%, contre 19,3% dans l’ensemble de l’échantillon).

⇒ Quel regard les livreurs portent-ils sur leur activité ?

♦ Si 35% jugent difficiles les relations avec les clients (34,5%) ou avec les plateformes (38%), 61% s’en disent satisfaits. Les autoentrepreneurs et livreurs en cumul d’activités professionnelles sont les moins satisfaits ( 41% et 40), alors qu’ils ne sont que 31% des étudiants et 25% des livreurs salariés.

48% estiment qu’il y a trop de livreurs sur les plateformes par rapport au nombre de courses proposées en hausse au regard de 2020. Cette part est plus importante pour les autoentrepreneurs (66,5%), Dans l’enquête 2020, 18% des livreurs se disaient d’accord avec l’affirmation « Il y a trop de livreurs / pas
assez de boulot », ce qui suggère une dégradation de la situation par rapport à l’année précédente.

54% estiment que leurs horaires de travail sont difficiles (dont 32% plutôt d’accord). C’est davantage le fait des autoentrepreneurs (62%).
58% trouvent le métier trop physique (81% ceux qui livrent à vélo).
66% jugent aussi difficiles les conditions météo.

Ceci étant, 77% (53% tout à fait d’accord) considèrent l’autonomie comme un avantage apprécié de l’activité (ils étaient 91% en 2020). C’est plus le fait des autoentrepreneurs (91%).
87% apprécient le fait « d’être leur propre patron », dont 57% tout à fait d’accord ; les livreurs coopérateurs (95%) et les autoentrepreneurs (94%) qui sont les plus satisfaits vs 66% les étudiants.
Seuls 7% sont membres d’un syndicat ou d’un collectif de défense des droits des livreurs travaillant pour les plateformes ; 36% disent être intéressés à devenir membre.

40% (50% en 2020) se disent satisfaits de leurs revenus, dont 15% sont tout à fait.
Les livreurs salariés sont les moins satisfaits (26%), alors qu’ils déclarent les revenus les plus importants ; ils sont suivis par les étudiants (34%), alors que les autoentrepreneurs le sont à 49%.
La crise sanitaire a contribué à une diminution de leurs revenus pour 55% et à une hausse pour 29%.
La baisse est surtout le fait des autoentrepreneurs (69%), mais aussi celui des étudiants et ceux qui cumulent le activités (46-48%) ; par contre les salariés ont connu un baisse plus faible (19%) et 34% une hausse (mais 48% se disent non concernés ou ne pas savoir).
Pour 52% cette crise a conduit à moins de livraisons (65% les autoentrepreneurs), et pour 57% a dégradé leurs conditions de travail.

65% s’imaginent encore livreurs dans trois mois, dont 30% tout à fait d’accord et 46% dans un an (dont tout à fait d’accord 25%).
Hors les autoentrepreneurs qui envisagent le plus d’être encore en activité (86% à 3 mois et 46 à un an), les autres catégories sont plus circonspects et avec un poids important de ne sait pas (26-34% à 3 mois mais 40-43% à un an) : ceux en cumul d’activités (respectivement 60 et 16%), les étudiants (57 et 30%) et les salariés (34 et 23%).

37% disent ne pas réussir à trouver un autre travail : 45% les autoentrepreneurs, 34% les étudiants, 29% ceux en cumul d’activité et 20% les salariés.
La crise sanitaire a incité 34% à choisir cette activité, notamment les étudiants (60%), 40% ceux en cumul d’activité et seulement 15% les autoentrepreneurs.
En conclusion, un tableau synthèse des principaux points abordés, autour des livreurs autoentrepreneurs;, étudiants et ceux qui cumulent plusieurs activités.



"Étude sur les livreurs des plateformes de livraison instantanée du quart nord-est de Paris" 6t-bureau de recherche pour le compte de l’Université Gustave Eiffel, la Chaire Logistics City et l’ANR MOBS, avril 2021
Méthodologie : enquête quantitative par questionnaire, menée en face à face auprès de 517 livreurs des plateformes de livraison instantanée dans le nord et l’est parisien entre le 2 et le 17 février 2021.
Les horaires d’enquête ont été définis afin de correspondre aux heures de pic d’activité des livreurs ; les enquêteurs avaient pour consigne de cibler les livreurs à vélo ou à deux-roues motorisés (scooter, moto) travaillant pour des plateformes de livraison. La majorité des livreurs interrogés réside dans Paris intra-muros (58,6%), et une proportion importante (22,8%) en Seine-Saint-Denis. 7,9% résident également dans les Hauts-de-Seine.
L’enquête 2020 à laquelle 2021 sera comparée n’avait interrogé que 300 livreurs ; 11% étaient par ailleurs salariés et 37% sous-traitants (utilisateurs du compte d’un autre livreur).
La base de données 2021 est constituée uniquement de livreurs travaillant pour des plateformes, écartant de fait des livreurs pouvant travailler en tant que livreurs en dehors de plateformes (livreurs salariés de restaurants, par exemple).

 
André Letowski est expert en entrepreneuriat, en petites et très petites entreprises. Il publie une note mensuelle regroupant une sélection brute ou retravaillée et commentée des corpus statistiques français, des enquêtes et publications concernant le domaine des TPE, PE et PME.




Sur le même thème