« Pendant très longtemps, être jeune n’était pas un avantage pour devenir entrepreneur. L’entrepreneuriat était réservé à des personnes qui avaient de l’expérience », explique Sandrino Graceffa, sociologue et professeur du Cnam – titulaire de la chaire Entrepreneuriat et économie de la proximité. Depuis une dizaine d’années, la donne a changé. Peut-être à la faveur de la création, en 2014, du dispositif Pépite et du Statut national d’étudiant-entrepreneur (SNEE), accordé à 40 000 étudiants en dix ans. « Le fait d’avoir un dispositif national reconnu, qui a prouvé son efficacité, marque une évolution dans l’appréhension de l’entrepreneuriat chez les jeunes. »
Une envie forte
Toutes les enquêtes montrent une nette progression de l’intention d’entreprendre chez les jeunes. Selon l’Indice entrepreneurial français 2025 de Bpifrance Le Lab, 56 % des 18-29 ans se situent dans la “chaîne entrepreneuriale” contre 46 % des 30-49 ans. Autrement dit, ils envisagent de créer ou de reprendre une entreprise, ont déjà engagé des démarches, dirigent une entreprise ou l’ont fait par le passé.
Le dernier baromètre OpinionWay pour Moovjee/CIC va dans le même sens : 57 % des jeunes envisagent de créer ou reprendre un jour une entreprise en 2025.
Mais un engagement plus fluctuant
Sandrino Graceffa rappelle toutefois que, proportionnellement, peu de jeunes passent réellement à l’acte. « Le projet entrepreneurial a moins une valeur d’engagement. Il s’inscrit davantage dans une trajectoire professionnelle faite d’allers-retours entre le statut d’entrepreneur et celui de salarié. Ils sont moins dans une démarche de création d’entreprise inscrite dans la durée. » Il constate aussi que nombre d’entre eux recherchent avant tout des revenus complémentaires. Leurs motivations n’en sont pas moins réelles et multiples. En premier lieu, la quête de liberté et d’autonomie. Selon lui, «
Les jeunes n’adhèrent plus à la logique du contrat social basé sur le salariat subordonné ». Pour certains, l’entrepreneuriat constitue aussi un marchepied, une façon d’exprimer leurs compétences dans un domaine particulier avant d’aller vers le salariat.
Atout jeune
Pour le sociologue, le fait d’être jeune et d’apporter un regard nouveau peut constituer un atout. « Aujourd’hui, il n’y a pas que l’expérience qui est prise en compte, mais aussi la capacité à être en phase avec les réalités de la société, à mieux percevoir les transformations en cours et à imaginer les réponses à apporter. » Les jeunes pourraient ainsi être plus à même que des entrepreneurs plus âgés de « capter les signaux faibles du fonctionnement de la société et de ses besoins ».