1 dirigeant sur 2 a déjà traversé des difficultés psychologiques, tous âges, secteurs et tailles d'entreprise confondus. Ce chiffre confirme-t-il ce que vous observez sur le terrain ?
Depuis 3 ans, nous enregistrons entre 2 000 et 2 500 fiches alertes par an. Ce qui change, c’est la tonalité. Les entrepreneurs semblent davantage accablés par le contexte général et les informations anxiogènes permanentes. Ils encaissent davantage en silence, avec une résignation plus marquée. Les situations que nous traitons sont aussi plus extrêmes, avec parfois la nécessité de faire intervenir le SAMU.Bien que tous les dirigeants puissent être concernés, ce sont très fréquemment des patrons de TPE. Le dirigeant de très petite entreprise gère tout lui-même et ne prend pas forcément le temps de s’écouter. Dans une PME, il existe davantage de relais : directeur financier, responsable RH ou directeur administratif. Ces fonctions permettent de préserver un peu plus le dirigeant dans sa gestion quotidienne. Les profils les plus exposés sont majoritairement des hommes autour de la cinquantaine.
72 % des dirigeants en souffrance refusent d'être accompagnés. Quand ils envisagent des solutions, le sport ou la déconnexion arrivent avant le recours à un professionnel. Qu'est-ce que cela vous dit ?
En France, l’échec reste un tabou, alors que chacun devrait avoir le droit d’échouer puis de rebondir. Demander de l’aide est trop souvent perçu comme un aveu de faiblesse et beaucoup de dirigeants préfèrent continuer à porter seuls leurs difficultés plutôt que de reconnaître leur souffrance. Cette culture du « tout seul » est tenace.Quant au sport ou à la déconnexion, ceux qui peuvent encore y recourir ne sont généralement pas dans les situations les plus critiques. La majorité des dirigeants accompagnés par APESA sont en procédure collective : sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire. Ce sont des entrepreneurs confrontés à une pression financière et psychologique extrêmement forte. Quand un dirigeant ne se verse plus de salaire depuis des mois, décrocher son téléphone peut déjà devenir une épreuve. Le sport et la déconnexion peuvent être de bons outils pour évacuer le stress, mais ils ne suffisent pas lorsque la souffrance psychologique devient profonde.
34 % des dirigeants en souffrance envisagent de stopper leur activité. Est-ce un signal d’alarme ou une décision salutaire ? En quoi l'APESA répond-elle à ces situations ?
Les 2. Déclarer la cessation de paiement de son entreprise est un acte extrêmement fort. Pour beaucoup, leur entreprise représente des années de travail, de sacrifices et d’investissement personnel. Certains ont le sentiment « d’euthanasier leur bébé » lorsqu’ils prennent la décision de liquider leur société.Mais c’est aussi parfois une décision salvatrice. Nous rencontrons des dirigeants qui continuent à travailler sans se rémunérer depuis plus d’un an. Ce n’est pas tenable. Ces entrepreneurs sont souvent dans la force de l’âge, avec des compétences et un savoir-faire qui leur permettront de rebondir. Parfois, mettre fin à une société, c'est se sauver soi-même.
C'est précisément là qu'APESA agit comme un garde-fou. Lorsqu’un dirigeant doit arrêter son activité, licencier ses salariés ou perdre ce qu’il a construit, certains peuvent envisager le pire. Notre rôle est d’éviter que la souffrance psychologique ne mène à un passage à l’acte. Pendant longtemps, la santé mentale des dirigeants a été largement ignorée. Aujourd’hui, les choses évoluent enfin. Un dirigeant qui va mal ne peut pas prendre de bonnes décisions et c’est toute une entreprise qui peut être fragilisée.