La charge administrative, première difficulté des dirigeants
Dans les TPE et PME, le dirigeant assume l'essentiel des responsabilités, sans équipe support pour absorber les imprévus. « Depuis 2020, tous les vents contraires arrivent de plein fouet et le dirigeant n'a pas d'autre choix que de les encaisser », souligne Barbara Quaranta. Elle témoigne de son propre vécu de cheffe d'entreprise : « Je me revois parfois me remettre à l'ordinateur à 23h parce que je n'avais pas le choix. Il n'y avait personne d'autre pour le faire. »En cause notamment, l'inflation normative et une charge administrative et réglementaire élevée. Cette dernière est d’ailleurs citée par 64 % des dirigeants comme première difficulté au quotidien dans le dernier baromètre sur la santé du dirigeant de la Fondation. Une pression qui s'accompagne de la crainte de l'erreur : « On sait qu'on ne sait pas faire, qu'on n'a pas été formé pour ça. On avance avec cette peur au ventre. »
Un coût pour le dirigeant comme pour l'économie
Comme près de 1 dirigeant sur 2 selon le baromètre, Barbara Quaranta a connu les troubles du sommeil. « Je me réveillais au milieu de la nuit et, au lieu d'écouter un podcast de méditation, je me remettais sur mes mails. » Une stratégie qui donne l'illusion d'avancer, mais qui s'avère intenable : « Mon corps s'était adapté à ce fonctionnement pour rattraper la surcharge, mais sur le long terme, c'est totalement délétère. »Au-delà de la santé du dirigeant, le temps consacré aux obligations administratives a aussi un coût pour l'économie : c'est du temps soustrait au développement de l'activité, qui se traduit en perte de compétitivité. Barbara Quaranta en mesure l'ampleur : « En 2010, une enquête de l'OCDE estimait que l'inflation normative représentait 3 % du PIB en perte de productivité. En 2023, un rapport du Sénat revoyait cette estimation à 6-8 %, soit des centaines de milliards d'euros. »
2 leviers pour préserver sa santé
Pour Barbara Quaranta, les solutions s'articulent à 2 niveaux : le premier cercle, au sein de l'organisation, et le deuxième cercle, au niveau institutionnel.Dans le premier cercle, elle retient 2 enseignements de son parcours. D'abord, inscrire dans son agenda des temps pour prendre soin de soi, de façon régulière : « Ces petites actions, une fois ritualisées et régulières, créent une vraie respiration sans nuire en rien au développement de l'activité. » Ensuite, rejoindre un réseau de dirigeants, le plus tôt possible : « C'est un espace sûr où l'on partage entre pairs, où l'on se nourrit des expériences des autres. C'est salvateur, notamment en situation de stress extrême : cela aide à voir clair. »
Dans le deuxième cercle, celui des institutions, elle appelle à mieux accompagner les primo-dirigeants et à reconnaître les risques propres à cette fonction. Car prendre soin de ceux qui entreprennent, c'est contribuer à la vitalité économique des territoires.