Fondation d'entreprise
 
 
Karim Messeghem
Etude 
14 sep 2026

Entrepreneuriat français : les enseignements du rapport GEM 2025/2026

Le Global Entrepreneurship Monitor (GEM) publie son édition 2025/2026. Karim Messeghem en décrypte les grandes tendances, en France et dans le monde.

Une dynamique entrepreneuriale qui ne se dément pas

Premier constat, et non des moindres : la France confirme sa vitalité entrepreneuriale. Le pays enregistre plus de 1 165 000 créations d'entreprises en 2025 et le taux d’activité entrepreneuriale émergente atteint 11,6 % de la population âgée de 18 à 64 ans. « C'est une tendance de fond qui ne se dément pas depuis une dizaine d'années », souligne Karim Messeghem. Un chiffre d'autant plus frappant qu'il a quasiment doublé en 10 ans : la part de la population impliquée dans l'entrepreneuriat n'était que de 5 à 6 % il y a une décennie.

Pour Karim Messeghem, cette progression traduit avant tout un basculement culturel : « On est passé d'une société managériale à une société entrepreneuriale. ». Les motivations, souvent existentielles, poussent de plus en plus de Français à vouloir se réaliser par la création de projets. À cela s'ajoutent des conditions devenues plus favorables : simplification des démarches de création, essor du régime de micro-entrepreneur, politiques de soutien et possibilités de financement plus développées. « C'est sûr qu’il est beaucoup plus facile de créer une structure aujourd'hui. Cela étant, ce n'est pas forcément simple de la développer et de la pérenniser », nuance-t-il.

Autre signal positif : la jeunesse s'empare massivement du sujet, avec des niveaux d'intention entrepreneuriale nettement supérieurs à ceux des générations plus âgées.

Le paradoxe de la fragilité économique

Ce dynamisme des créations contraste toutefois avec un chiffre plus préoccupant : près de 70 000 défaillances d'entreprises ont été recensées en 2025 en France. Un paradoxe que Karim Messeghem explique par la différence entre l'élan de création et la réalité du marché : « Créer, c'est avoir une idée, c'est poursuivre une opportunité, mais développer, c'est la réalité du marché. » Les marchés restent aujourd'hui tendus et très compétitifs, peu accessibles pour des entreprises émergentes, tandis que la lourdeur administrative continue de peser sur leur développement, que ce soit en matière de recrutement ou de fiscalité.

Une remontée au classement… mais une perception qui se dégrade

Autre enseignement marquant, la France progresse fortement dans le classement international, passant de la 22ᵉ à la 11ᵉ place (2ᵉ position au niveau du G7). Ce bond de l'index du contexte entrepreneurial, évalué par un panel d'experts, s'accompagne notamment d'une amélioration de la promotion de l'entrepreneuriat dans l'enseignement supérieur (dispositifs comme PÉPITE), du dynamisme des marchés et des infrastructures. La France franchit ainsi de justesse le seuil des 5 points sur 10 qui définit un environnement jugé favorable.

Mais dans le même temps, la facilité perçue pour créer une entreprise continue de reculer aux yeux de la population elle même. Un décalage que Karim Messeghem attribue au climat économique, social et politique actuel, générateur d'incertitude : « Il y a aussi, dans ces éléments de perception, le sentiment d'une lourdeur administrative, de forme d'inertie qui rendent effectivement les choses assez compliquées, en particulier en termes de
développement. »


Karim Messeghem confirme l'importance du sujet, tout en le replaçant dans un ensemble plus large : « Ça fait une dizaine d'années qu'on parle de choc de simplification. ». Il cite également l'accès à la commande publique pour les PME et les entreprises émergentes comme un chantier prioritaire, ainsi que la question du genre, l'écart entre hommes et femmes se creusant. 

Des motivations qui évoluent : entreprendre par nécessité

Le rapport 2025/2026 révèle un changement notable dans les motivations des Français à entreprendre : la nécessité de gagner sa vie redevient la première d'entre elles, citée par 48,9 % des entrepreneurs, devant l'enrichissement personnel (42,4 %). Un chiffre à mettre en perspective avec la tension du marché du travail, plus forte encore chez les jeunes. À titre de comparaison, dans les pays les plus riches, la motivation liée à l'enrichissement atteint près de 64 %.

Autre écart surprenant relevé par Karim Messeghem : seuls 20 % des entrepreneurs français citent la volonté de « faire une différence dans le monde » comme motivation, contre près d'1 sur 2 dans les autres pays à hauts revenus.

Le rapport pointe également une dégradation de la santé perçue des entrepreneurs, en particulier chez les entrepreneurs émergents. Ceux-ci restent toutefois moins nombreux à s'estimer en mauvaise santé que la population générale, et sont ceux qui déclarent le plus souvent une très bonne ou excellente santé. Karim Messeghem appelle toutefois à la prudence dans l'interprétation d'un phénomène qui s'inscrit dans la durée : « C'est toujours difficile de l'évaluer juste sur une année. ». Il relie ce signal au climat d'incertitude ambiant et à la montée de certaines difficultés économiques, sources de tension et de stress pour les créateurs.

Un rajeunissement confirmé, un écart de genre persistant

Le rapport confirme un net effet générationnel : les 18-24 ans affichent un niveau d'intention entrepreneuriale de 28 %, contre 11,5 % seulement chez les 55-64 ans. Les tranches d'âge les plus actives restent cependant les 25-34 ans et 35 44 ans, véritable coeur de l'activité entrepreneuriale française. Un rajeunissement qui, selon Karim Messeghem, témoigne des effets concrets des dispositifs de sensibilisation menés depuis plusieurs années auprès des
jeunes.

Sur la question du genre, l'écart entre hommes et femmes reste réel, mais n'est pas une spécificité française : « C'est le problème d'écart hommes-femmes dans les pays les plus riches en particulier. Ce n'est pas spécifique à la France », précise-t-il.

3 leviers pour l'avenir

Karim Messeghem dégage 3 axes de travail pour les prochaines années :

1. Renforcer l'éducation entrepreneuriale dès le plus jeune âge, la France étant en retrait sur le primaire et le secondaire par rapport à d'autres pays, malgré des résultats encourageants dans l'enseignement supérieur.

2. Maintenir les efforts en faveur de l'entrepreneuriat féminin, à travers les réseaux et l'écosystème dédié déjà existants.

3. Poursuivre le choc de simplification et faciliter l'accès des PME et entreprises émergentes à la commande publique.

Il met enfin en garde contre un excès de satisfaction : si la dynamique française est réelle, elle reste à relativiser au regard du contexte international. Le taux d'activité entrepreneuriale du G7 atteint en moyenne 17,1 %. D'autres pays, notamment au sein du G7 ou dans des pôles émergents comme le Moyen-Orient, progressent plus vite que la France. « Il y a certes une progression, mais les autres pays ont progressé plus rapidement », conclut-il, appelant à ne pas relâcher les politiques de soutien à l'entrepreneuriat et à l'innovation.
 
Karim Messeghem est professeur agrégé des Universités en entrepreneuriat et stratégie à l’Université de Montpellier. Cofondateur de Montpellier Management, il a dirigé le LabEx Entreprendre de 2011 à 2018 et dirige aujourd’hui la chaire Entrepreneurial Ecosystem Lab.
Ses recherches portent sur les écosystèmes entrepreneuriaux, les dispositifs d’accompagnement et les stratégies des PME. Il est également responsable scientifique du rapport GEM France depuis 2021 et auteur de plusieurs ouvrages et d’une soixantaine d’articles dans des revues scientifiques internationales.












Sur le même thème