Fondation d'entreprise
 
 
Charlotte de Saintignon
Etude 
14 oct 2026

Entreprises : l’industrie résiste dans une économie au ralenti

La croissance française marque le pas et les trésoreries se tendent. Mais la dernière étude présentée par BPCE L’Observatoire fait aussi apparaître des signes de résistance : l’industrie tient mieux que d’autres secteurs et les entreprises continuent d’investir.  
Un tiers des investissements prévus par les industriels en 2026 visent à moderniser ou à rationaliser leur production, contre près d’un cinquième au cours des années 2000. Une proportion inédite depuis le début des années 2000, selon les données présentées par BPCE L’Observatoire. Le chiffre tranche avec la morosité ambiante : au deuxième trimestre, le PIB français n’a progressé que de 0,5 % sur un an. Si la faiblesse de la demande pèse sur le commerce et le bâtiment, l’industrie résiste mieux, portée notamment par l’aéronautique et les centres de données, explique José Bardaji, directeur des Études et Prospective du groupe BPCE. L’effort de transformation dépasse le seul secteur industriel : depuis 2022, les entreprises ont augmenté leurs investissements en information et communication de 26 %, alors que leurs investissements, tous domaines confondus, n’ont progressé que de 10 %. Le ralentissement de l’activité n’a donc pas interrompu la transformation des outils de travail.

Des trésoreries sous pression

Les entreprises poursuivent leurs investissements, mais disposent de moins de ressources pour les financer elles-mêmes. Leur taux de marge recule et leurs besoins de financement augmentent. Sur les sept premiers mois de 2026, les crédits de trésorerie ont progressé, tandis que les placements bancaires des entreprises diminuaient. À ces tensions pourrait s’ajouter une hausse du coût des crédits à l’investissement, anticipée par BPCE L’Observatoire d’ici à la fin de l’année.

Les défaillances des PME évoluent peu

Autres signes de résistance, les créations d’entreprises progressent de 11 % sur un an à fin août, tandis que la hausse des défaillances reste contenue parmi les entreprises employeuses. Sur la même période, celles des PME n’augmentent que de 1 % et celles des TPE de 1 à 9 salariés reculent de 1 %. BPCE L’Observatoire prévoit désormais 71 000 défaillances sur l’ensemble de 2026, contre 69 000 dans son estimation de début d’année. Ce chiffre ne raconte cependant pas toute l’histoire. Entre septembre 2025 et août 2026, près de 70 000 entreprises ont fait défaut, soit une hausse de 2 % sur un an. Mais le nombre d’entreprises a lui aussi augmenté. « L’indicateur qui nous semble être le plus pertinent, c’est le taux de défaillance, qui rapporte le nombre de défaillances sur le nombre d’entreprises », souligne José Bardaji, directeur des Études et Prospective du groupe BPCE. Ce taux s’établit à 1,09 % sur douze mois, contre 1,10 % en 2025 et 1,12 % en 2024. Il est donc presque stable depuis trois ans.

BPCE invite toutefois à regarder aussi le taux de défaillance. Rapporté au nombre d’entreprises actives, leur taux ne s’aggrave pas et reste presque stable depuis trois ans.

La nuance compte : pour les entreprises de 10 salariés et plus, cette stabilité s’observe à un niveau supérieur à celui d’avant la crise sanitaire. En nombre, les défaillances des TPE employeuses, des PME et des ETI évoluent peu sur un an, tandis que celles des entreprises sans salarié augmentent de 5 %. Les difficultés restent aussi très inégales selon les secteurs.

En parallèle, l’envie d’entreprendre ne faiblit pas. BPCE L’Observatoire dénombre 1,25 million de créations sur douze mois à fin août 2026, en hausse de 11 %. Les microentreprises en représentent la majeure partie, mais les créations de sociétés progressent elles aussi de 7 %. Dans le commerce, des défaillances élevées coexistent avec l’arrivée de nouveaux acteurs. Pour l’économiste Julien Laugier, cette dynamique peut traduire un processus de « destruction créatrice » : les entreprises se transforment pour répondre à de nouveaux usages. La conjoncture met ainsi les entreprises à l’épreuve, sans interrompre le renouvellement du tissu économique.
 
 
Journaliste depuis 20 ans, Charlotte est spécialisée dans les problématiques de l'entrepreneuriat des TPE/PME de l'artisanat de la franchise et des start-ups. Elle a été auparavant rédactrice en chef d'un magazine professionnel à destination des chefs d’entreprise. Elle travaille aujourd’hui pour plusieurs médias et est membre du bureau de l'Association des journalistes PME (Ajpme).

Charlotte anime depuis 2026 la nouvelle rubrique de la Fondation MMA : « La minute entrepreneuriale ».
 

Sur le même thème