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Fondation d'entreprise MMA des Entrepreneurs du Futur
 

Phénix 

 Créer des linéaires discounts pour les denrées proches de la date de péremption, mettre les associations caritatives dans la boucle logistique de la grande distribution, ouvrir la filière de méthanisation aux produits gâtés... Anticipant les préconisations de l'ancien ministre Guillaume Garot, rapportées au printemps 2015, et la loi de février 2016 qui interdit aux hyper et supermarchés de jeter les invendus, PHENIX s'est mobilisée contre le gaspillage sur tous les fronts, depuis deux ans déjà. Grande distribution, événementiel, industrie, hôtellerie et restauration collective : à la faveur d'une plateforme numérique qui optimise sa présence physique, la startup sociale se fait le relais logistique entre ces quatre marchés de (potentiels) donateurs et des filières de valorisation, dont les associations caritatives. A la clef de cet accompagnement novateur, zéro déchet à l'horizon et dans l'environnement. Baptisée comme l'oiseau symbolisant les cycles de la renaissance, l'entreprise porte d'autant bien son nom qu'elle a pris son envol durablement ! 

Les surplus et les invendus, un gisement en or




Notre monde contemporain n'est pas à un paradoxe près. Alors qu'une partie de la planète a faim, faisant face à une pauvreté agricole ou à une disette économique, plus de 30% de la production alimentaire est jetée. Cela représente de quoi nourrir 66 millions de Français, pendant 30 ans. Sur nos terres, justement, 3 500 000 personnes sont dépendantes de l'aide alimentaire. Foin de pénurie puisque 2,3 millions de tonnes sont gaspillées en France, chaque année ! Même sentiment de gâchis devant les conteneurs où, à l'ombre des grands magasins, l'on jette pêle-mêle jouets, produits d'hygiène, vêtements ou encore objets ménagers, décrétés hors circuit alors qu'ils peuvent garder une place dans la course... « Il est temps d'agir et de remettre un peu de bon sens au cœur du système », se sont révoltés les deux fondateurs de PHENIX. Lancée en 2014, cette startup s'est fixée comme mission de réveiller le potentiel des déchets, en favorisant une deuxième vie pour les invendus et autres rebuts, alimentaires ou non. Destinés notamment aux acteurs associatifs, ces produits qui, jusqu'à maintenant, partaient majoritairement en destruction sont valorisés dans un panel d'autres filières, dévolus à la nourriture animale, revendus à des déstockeurs, transformés en soupes ou confitures et, bientôt, compostés ou encore méthanisés. « Nous souhaitons faire de la poubelle l'exception et contribuer à la transition progressive vers un modèle d'économie circulaire, où les excédents des uns deviennent les matières premières des autres », argumente Jean Moreau, aux côtés de Baptiste Corval. « Notre équipe agit comme des alchimistes, transformant les surplus et déchets en or. »

Une solution innovante

Implantée en Bretagne, dans le Sud-Ouest, dans le Nord, en Rhône-Alpes, dans l'Est, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et dans trois autres régions d'ici fin 2016, l'entreprise sociale appuis son rôle d'intermédiation sur deux piliers complémentaires. Alors qu'un travail de terrain accompagne ses partenaires vers une gestion délestée de déchets in fine, une plateforme innovante a été mise sur pied grâce aux nouvelles technologies. À la manière d'une « place de marché web en B to B », cet outil numérique de transaction connecte en temps réel l'offre et la demande de surplus, qu'il s'agisse d'aliments proches de leur péremption ou de produits invendus car passés de mode, écornés, mal emballés, etc. Via l'analyse des flux et des données, c'est aussi un outil de pilotage, consolidant la traçabilité, optimisant la gestion des stocks, alimentant le reporting sur la responsabilité sociale et environnementale (RSE) de l'entreprise. « Commander au plus juste ne suffit pas à éviter le gaspillage alimentaire : il reste des aléas entre nos estimations du marché et la réalité des ventes », témoigne Marc Porcher, associé du Super U de Mordelles, en île et Vilaine, et client de cette filiale régionale, qui couvre aussi la Loire-Atlantique. « Chaque matin, donc, nous étiquetons tous les produits qui arrivent en limite de consommation. Comme tout ne peut être vendu, le circuit proposé par Breizh PHENIX nous a permis de professionnaliser notre activité caritative : tout en divisant notre perte par deux, les dons aux associations ont été multipliés par dix. » Pour un autre magasin, le « coaching anti-gaspi » s'est soldé par un don mensuel de produits valorisés de 29 300 euros, contre 4 500 auparavant, et une diminution par trois du nombre de bacs à ordures.

Du stockage à la destruction, en passant par la manutention, une réduction structurée et durable des déchets se traduit par une économie, pour tous les clients de PHENIX, accompagnée d'une réduction d'impôt. Grande distribution comme industrie, traiteurs aussi bien qu'agences événementielles, chacun peut intégrer ce gain, y compris écologique, dans sa chaîne de valeur. « Qu'un produit en fin de vie ait de la valeur renouvelle complètement la notion de déchet dans le process des organisations », pointe Jean Moreau. « Sans compter que ces partenariats fédèrent, autour d'une même cause, des acteurs aux cultures différentes ». L'adhésion des équipes dans les magasins partenaires compte parmi les forces du projet, décuplée par l'approche solution des équipes de PHENIX. Sans une sensibilisation des employés, la conduite du changement serait moins effective ! Via la réduction du gaspillage et l'augmentation du don en nature, l'objectif « zéro déchet » est aussi soutenu par une signalétique, adaptée depuis les entrepôts jusqu'aux rayons. Grâce à son expertise de terrain, l'entreprise, qui totalise une trentaine de collaborateurs épaulés de bénévoles, est aussi bonne conseillère pour identifier de nouvelles filières de revalorisation des déchets, inhérents à chaque activité. Comment donner une seconde vie à des palettes ? Que faire du polystyrène ? Les cas de figures sont aussi variés que ces collaborations, qui rassemblent notamment la SNCF, l'Oréal, Lesieur, Henkel ou encore Vente-Privée.com. Autant de grands groupes pour lesquels la performance des indicateurs de développement durable est un avantage qui compte, auprès de leurs clients.


Phenix-L


Une portée environnementale

Redistribution humanitaire ou économie circulaire, la lutte contre le gaspillage a aussi une portée environnementale, que Phénix érige en valeur. 1 600 millions de tonnes jetées chaque année, au niveau mondial, cela représente 3 300 millions de tonnes d'émissions de CO² : soit 250 fois l'émission annuelle de gaz à effet de serre du trafic parisien. « Si ce gaspillage était un pays, il serait le troisième plus gros émetteur de carbone, juste après les États-Unis et la Chine », fulmine la startup. Et d'enchaîner les constats en cascade. La production de ces aliments, jetés avant d'être consommés, entraîne le gaspillage de 250 km3 d'eau douce : soit trois fois le volume du lac Léman, autrement dit plus que la consommation annuelle de la Chine ! Ce gâchis représente aussi 1,4 milliards d'hectares cultivés pour rien, bien souvent gagnés sur la nature au prix de déforestations et de drainage de zones humides, trop souvent arrosés de pesticides. Sans parler de la pollution de l'air, liée au carburant utilisé à perte pour faire circuler les tracteurs, les avions et les camions transportant les produits alimentaires. Que dire de l'empreinte carbone générée par l'enfouissement ou l'incinération des produits, alors que les émissions directes de gaz à effet de serre atteignent l'overdose dès leur production ? En luttant contre le changement climatique, PHENIX enracine son utilité à l'échelle territoriale : son impact est aussi bien social, économique, qu'environnemental.

« Notre modèle d'économie circulaire est trois fois gagnant :

  • le magasin diminue ses frais de déchets et obtient un crédit d'impôt,
  • les associations récupèrent plus de produits et au passage,

  • l'entreprise essaie de créer des emplois sociaux et écolos », 

confirme Nicolas Perrin, à la tête de la filiale bretonne Breiz PHENIX. Bénéficiaire de l'aide alimentaire dans la couronne rennaise, Bruno ne le démentira pas : pommes ou salades, ce jeune adulte se réjouit de trouver une nourriture variée aux Restos du Cœur, dont les besoins croissants sont compensés par les 40 000 repas mensuels, que génère la collecte quotidienne de 1,5 tonne de produits alimentaires dans deux départements. Au niveau national, Phénix peut s'enorgueillir d'environ 2,5 millions de repas distribués à des populations nécessiteuses. Soit, depuis sa création, une multiplication par dix des volumes de produits donnés. Plus de 2 000 tonnes d'invendus sont ainsi monétisés, au bénéfice aussi d'une centaine de magasins sous contrat de 12 à 24 mois, couvrant sept enseignes. Sachant que le coût moyen d'élimination des déchets est évalué entre 120 et 150 euros la tonne, leurs frais de destruction et de rotations de bennes à ordures ont été réduits par cinq. Autre incitation financière, des avantages fiscaux, qui participent à l'équation économique de PHENIX : celle-ci prélève une commission sur la réduction d'impôt, accordée par l'État, à toute entreprise donatrice en nature et une seconde commission, calculée en fonction des coûts évités à l'émetteur. « Si nous ne sommes pas performants et que nous ne créons pas de valeur, nous ne leur coûtons rien », commente Jean Moreau.

Un changement d'échelle

Parce que cette offre « au succès » est un succès, PHENIX entend démultiplier son chiffre d'affaires, de 600 000 euros en 2015, tout en doublant le nombre d'emplois directs créés, soit 50 nouveaux postes d'ici 2018. Lauréate du programme de changement d'échelle « Scale Up » d'Antropia Essec, la startup a aussi bénéficié des services de l'accélérateur Le Comptoir, où elle a été incubée. Lauréate du réseau Entreprendre en Bretagne, finaliste de l'appel à projets « La France s'Engage », la jeune pousse – en passe d'être agréée entreprise solidaire d'utilité publique (ESU) – a par ailleurs développé un partenariat avec Suez Environnement, dans le cadre du trophée Happy City pour la gestion des déchets dans la Ville de demain. Autant de perspectives qui donnent l'envie de consommer sans gaspillage : il est dû pour 37% aux particuliers, rappelle PHENIX, entre deux tours de table. Ce n'est pas un hasard si ces derniers ont rallié le Crédit Coopératif comme l'Ademe, soit des investisseurs sociaux et écolos !


Plus d'infos :
 


Site web : www.wearephenix.com

☎ 06 64 66 59 35

✉ 208, rue Saint-Maur Paris – 75010


 
Belle histoire de primé racontée par Anne Laure Murier pour le compte de la Fondation MMA des Entrepreneurs du Futur